mardi 10 novembre 2009
Gérer les finances de la France : la vision stratégique de Nicolas Sarkozy
(repères)
Le Président Nicolas Sarkozy a exprimé ses convictions en matière de finances en 1993 alors qu'il était Ministre du Budget. L'expérience Juppé de 1995 à 1997 a très certainement renforcé ses convictions.
La vision sarkozienne est une vision dynamique des finances. Les finances ne sont pas un état mais une évolution et un flux.
1993 la récession socialiste
En 1993, la mandature PS s'achevait dans un effondrement de l'économie et des finances.
Alors que l'économie française rencontrait une année de récession (ce qui reste rarissime pour notre pays au contraire des autres), le gouvernement Bérégovoy laissait filer les dépenses pour retrouver la croissance. On arrivait à un niveau d'incompétence (à la lumière des résultats obtenus) du couple Mitterrand-Bérégovoy peu banal. L'effet de ciseau était terrible : la récession entraînait une explosion du niveau des déficits et par ailleurs la chute de l'emploi.
Taux de croissance 1993 : -0,9 %
Déficit budgétaire (en % du PIB) 2,9% (1991), 4,5% (1992), 6,4% (1993)
Le duo Balladur-Sarkozy : une cure phytothérapique
Le duo Balladur-Sarkozy a décidé de mettre le déficit sous contrôle (ne pas l'augmenter en francs) et de voir son importance se réduire au regard du PIB.
En 1995, le déficit était de 5,5% tandis que la croissance repartait au-dessus de 2%
Juppé : une gestion allopathique du budget
Alain Juppé arrivant au pouvoir comme Premier ministre du nouveau Président, Jacques Chirac, a jugé les finances françaises dans un état lamentable au regard d'une certaine orthodoxie budgétaire.
Il a décidé de baisser comptablement le déficit qui est effectivement passé de 65 milliards d'euros à 49.
Pendant ce temps, la croissance a chuté à 1,1 %.
Conclusion politique
(Moins de dépenses = moins de services aux Français) + (Moins de croissance = plus de chômage et moins de pouvoir d'achat) + (dissolution) = défaite législative de la majorité chiraquienne (= licenciement de Juppé)
Certes, il est difficile au sens scientifique du terme, de tirer des conclusions définitives. Mais, l'homme d'action se doit de tirer de conclusions et passer aux actes.
Economie, flux et stock
Le Ministre du budget Sarkozy a donc gardé la conviction
qu'on ne devait pas gérer comptablement le déficit ; qu'il fallait le gérer
dans une dynamique car il est un flux et non un stock. L'économie ce n'est pas
un lac dont on mesure la profondeur mais une rivière dont on mesure le débit. Sarkozy a comme objectif premier de préserver notre capacité de croissance (le débit) et espère que celle-ci dissoudra le déficit. C'est tenable si ça réussit et tant que l'endettement ne crée pas un remboursement intenable.
Pour la petite histoire, le Ministre du Budget assez autonomiste et de forte personnalité qu'était Sarkozy, une fois Président, a décidé de séparer le ministère de l'économie de celui des finances. Le développement économique est effectivement différent de la gestion des budgets des ministères.
cajj
mardi 20 octobre 2009
Augmentation des impôts
(repères)
Définition
On détermine le niveau des impôts et son évolution, en rapportant la somme des prélèvements obligatoires (= impôts, taxes, cotisations sociales...) sur le PIB (la richesse de la France, son chiffre d'affaires net. On obtient, 42% : 42 euros sur 100 euros produits est prélevé par la puissance publique.
(Par ailleurs la puissance publique vend des prestations non obligatoires qui élargissent son champ d'intervention.)
Situation à long terme
"L’évolution des prélèvements obligatoires depuis le
début des années 70 se décompose en trois phases de croissance distinctes. Tout
d’abord, au cours des années 70 et dans la première moitié des années 80, le
taux de prélèvements obligatoires a fortement augmenté passant de 34 % à 42 %.
Puis il s’est stabilisé à un taux proche de 42 % jusqu’au début des années 90
où il a repris sa progression jusqu’au taux historiquement le plus élevé de
44,9 % en 1999. Depuis cette date, le taux de PO des administrations publiques
s’est légèrement replié pour se situer entre 43 % et 44 % du PIB." extrait
du Rapport sur les prélèvements obligatoires et leur évolution 2009.

Situation actuelle
En 2008, il était de 42,8 %. En 2009, il chute à 40,7 %
sous réserve de chiffres officiels et définitifs.
Cette chute est liée à la baisse non du taux de certains
impôts mais de leur efficacité. Citons deux exemples : la baisse de l'emploi
entraîne la baisse du nombre des cotisants et donc des cotisations sociales
totales ; la baisse des bénéfices entraîne la baisse des montants perçus sur
l'impôt des sociétés (IS).
Cette réalité est un nouveau démenti à ceux qui ont longtemps raconté que Sarkozy allait pratiquer une politique de rigueur (augmentation des impôts et baisse des dépenses de l'Etat). Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
La vitale baisse des impôts
Il n'est pas vraiment de bon ou de mauvais niveau des prélèvements obligatoires (ça serait trop simple). Bien qu'à certain niveau, cela devient prohibitif et l'impôt tue l'impôt.
Mais le vrai problème est ce qu'on appelle rendement de la dépense marginale de l'Etat. C'est-à-dire la contribution du nouvel euro (le dernier) dépensé par l'Etat, à la croissance et au bien être.
Il est évident que la création de lignes TGV est une dépense hautement rentable pour la collectivité. Il est évident que les dépenses d'éducation nationale sont un des piliers de la croissance à long terme ; mais quand l'Etat augmente les dépenses de l'Education nationale sans que le niveau des élèves ne monte, alors la dépense est un gâchis partiel.
En 2009, je suis de ceux qui pensent que la dépense nouvelle par le secteur public est d'une efficacité largement inférieure à celle du privé. En particulier, le secteur entrepreneurial ne peut pas affronter la concurrence mondiale efficacement s'il est trop alourdi d'impôts.
Croissance et impôts
Je note que la récession en France est plus faible qu'ailleurs et qu'au même moment, le taux des prélèvements obligatoires chute. Concomitance (évènements parallèles sans lien, sans lien de causalité entre eux) ? Ou au contraire lien de cause à effets ? La baisse des prélèvements obligatoires aurait-elle soutenu la croissance ? Je n'ai pas la réponse, mais j'ai du mal à croire que l'augmentation des impôts n'aggraverait pas la crise.
Encouragement au gouvernement
Je considère que le plus important, le premier des actes politiques à mener pour encourager la croissance française, l'emploi et le pouvoir d'achat est de baisser le taux de prélèvements obligatoires sur le moyen terme.
Alors je ne peux que me réjouir des résultats récents et saluer l'action gouvernementale.
cajj
NB : je n'ai pas perdu de vue que cette baisse entraînait la hausse de l'endettement. Nous en reparlerons.
jeudi 15 octobre 2009
Nouvelle lecture de l'économie
(Repères)
Introduction : en quoi les principales théories sont "classiques"
En économie, deux grandes familles de théories ont dominé les 150
ans qui nous précèdent. Il s'agit des théories néo-classiques et des
théories marxistes. Dès l’origine les théories marxistes se sont
inscrites dans la filiation des théories (néo-)classiques ; si elles
sont critiques, elles n’en demeurent pas moins classiques. En effet
toutes les théories en notre possession ont un fondement commun : la
production.
Ce fondement a comme défaut de fondre en
un, deux notions distinctes: puissance et richesse, autrement dit
production et circulation.
Dans un premier temps, nous observerons comment notre vision
(celle communément admise) de la révolution industrielle -vision
explicatrice de la construction des théories économiques- est
historiquement infondée.
En second lieu, nous regarderons
comment la théorie dite des coûts de transactions, à défaut d’être
parfaite, a une puissance explicative complémentaire à celles plus
usitées, dans la compréhension des dynamiques de notre monde.
Pour une vision révolutionnaire de la révolution industrielle
Commençons donc par s’interroger sur la nature même de cette révolution industrielle qui façonne notre société moderne.
La révolution industrielle est définie comme une révolution technique, productiviste. Le progrès technique aurait permis d’améliorer les rendements de l’agriculture (produire plus avec moins de travailleurs); on aurait pu ainsi libérer de la main d’œuvre; celle-ci serait venue remplir les usines en même temps que les techniques et la productivité, progressaient. Plus tard, pour une production croissante, les robots auraient permis de supprimer des emplois dans l’industrie rendant disponible de la main d’œuvre pour le développement des services.
Cette
explication classique qui repose sur l’argument technologique, n’est en
réalité pas satisfaisante; elle laisse en suspens une question
fondamentale. Comment se fait-il que le monde arabe et le monde chinois
qui possédaient une avance technique considérable sur l’Europe ne se
soient pas développés ?
Une étude approfondie tend à montrer
qu’avant de pouvoir se développer, il faut le vouloir. Si l’on observe
les principautés au premier millénaire, on remarque que les terres
agricoles étaient délimitées de façon précise. Il ne s’agissait pas, à
l’époque, de défricher une parcelle de plus pour produire davantage. La
culture était organisée par le rituel. La production était un rite.
C’est vers l’an Mil que tout a basculé. Avec la chute de l’Empire
de Charlemagne est apparue la nécessité vitale pour le pouvoir en place
d’accroître la production. Petit à petit l’échange rituel est devenu un
échange économique organisé à l’intérieur d’un marché créé, voulu et
contrôlé par l’Etat. On est passé de l’échange d’objets à valeur
symbolique à l’échange de marchandises à valeur marchande .
La révolution industrielle est donc la conséquence de la révolution
idéologique qui a promu le travail et la production au rang de valeur,
mais ceci ne suffit pas à expliquer pourquoi le démarrage a eu lieu en
Angleterre et non dans un autre pays.
Il
faut que des conditions soient réunies pour qu’une nouvelle technique
passe du stade l’invention au stade de l’application généralisée dans
un système productif. Ces conditions ont été réunies en Angleterre.
On
remarque dans l’histoire de l’Europe le développement de villes comme
Venise ou Amsterdam. Ces dernières ont connu une prospérité
exceptionnelle . Mais ces villes n’ont, à l’époque de leur prospérité, rien produit. Etonnant dira-t-on, on peut être riche en ne produisant
rien ! Leur prospérité a reposé sur leur capacité à organiser l’échange
entre deux mondes. Pour Venise ce fut l’échange des productions du
Saint Empire Romain Germanique contre celles de l’Empire Ottoman tandis
qu’Amsterdam contrôla l’échange entre l’Europe et le Nouveau Monde.
Toutes les deux étaient des lieux d’échanges, de circulation. Et
quand Amsterdam vivait dans l’opulence , la France de Louis XIV
rayonnait de puissance. Cette puissance prenait sa source dans la
production (les manufactures de Colbert) mais cette dernière ne
générait, comparativement, nullement de richesses.
Au sens de puissance nous entendons pouvoir politique.
La
grande force de l’Angleterre a été de réunir en un même lieu, les Îles
Britanniques , un espace de production, par la maîtrise technologique,
et de circulation, de par sa situation insulaire. Ce mélange
usine-banque, l’un symbole de la production, l’autre de la circulation, a été détonnant. C'est ce mélange détonnant qui fonde la révolution industrielle.
La richesse et la puissance : deux mondes distincts
Notre
monde est donc caractérisé par cette formidable et unique association
de la richesse et de la puissance, de la circulation et de la
production.
Du fait de cette association nous distinguons mal ces
deux notions que nous croyons obligatoirement imbriquées. Pourtant un
exemple flagrant a longtemps été sous nos yeux. Quand l’URSS était un
pays, grand producteur, très puissant et peu riche, la CEE était un
espace de circulation, très riche et extrêmement peu puissant.
Le schéma ci-attaché illustre ce qui est du côté de la puissance et ce qui est du côté de la richesse.

Qu’avons-nous entre la production et la circulation ? La transaction. Il nous faut fabriquer et ensuite répartir cette fabrication. L’économie est l’organisation de la transaction: la production et la mise en circulation de cette production.
De plus, sans entrer dans une démonstration nécessaire, LE marché n'existe pas. Il existe DES marchés autonomes mais interdépendants ; pire, il existe des transactions autonomes. Peut-on dire qu'il existe un marché immobilier ? Chaque produit (neuf, ancien, appartement, centre-ville, maison près de la gare, campagne, ...) est différent. Quelle est l'ambition de tous les responsables du marketing à stratégie de produits différenciés ? Qu'on ne compare pas son produit avec un autre ; non Nespresso ça ne fait pas du café comme Nescafé, c'est autre chose, mais à la fin on boit tous du café.
La hiérarchie (= l'entreprise) et le marché
Il existe deux formes d’organisation de l’échange : la hiérarchie et le marché.
La
hiérarchie désigne l’entreprise; dans ce cadre, la coordination des
activités économiques repose sur des relations d’ordre et de
hiérarchie; on parle à ce sujet d’internalisation: produire en interne
(dans l’entreprise) ce qui est produit à l’extérieur. Ce phénomène a
été illustré par le mouvement d’intégration verticale qu’ont connu
beaucoup de grands groupes.
Dans le cadre du marché nous n’avons
plus à faire à un ordre (de la direction à l’ouvrier) mais à un contrat
et à un échange (entre le client et le fournisseur). On parle alors
d’externalisation; il s’agit pour l’entreprise de faire-faire, de
sous-traiter même s’il peut être question davantage de partenaire que
de sous-traitant. Ce mouvement d’externalisation s’observe par la
fameuse stratégie de recentrage sur le métier d’origine, opérée par
nombre d’entreprises; ainsi, on peut dire autant “assemblier” que
“constructeur” pour parler des Peugeot, Renault etc. ; ils assemblent
des éléments fabriqués dans d'autres usines que les leurs.
Bien
évidemment, entre ces deux modes alternatifs de coordination des
activités économiques, il existe toutes les formes hybrides inventées
ou à inventer (participation croisée, GIE…).
Mais nous devons intégrer dans notre imaginaire économique, que l'entreprise est l'organisation opposée et alternative du marché : créer une entreprise c'est éviter de faire appel au marché.
Constatant
qu’il existe deux formes de coordination, on peut se demander pourquoi
y a-t-il tantôt l’une ou tantôt l’autre. La réponse est simple, c’est
la supériorité sur le plan de l’efficacité économique qui est le
critère décisif. Quand l'entreprise-hiérarchie est plus efficace économiquement, elle supplante le marché et inversement.
Mais alors dans quels cas l’efficacité se trouve-t-elle du côté de la hiérarchie et inversement ?
La
théorie néo-libérale expose que la libre concurrence permet
l’affectation optimale des ressources. Libre concurrence veut dire
économie de marché; sur un marché, on a confrontation des offres et des
demandes, et c’est donc de cette confrontation que naît l’optimum (c'est-à-dire l'état le plus favorable, le meilleur possible d'allocation des ressources en fonction des conditions données).
Lorsque
l’on regarde la réalité, on observe l’existence d’entreprises. Cette
observation rentre en pleine contradiction avec la théorie. Car
l’entreprise est une hiérarchie, c’est-à-dire l’alternative du marché.
Or si le marché permettait d’atteindre l’optimum, il ne devrait pas
exister d’entreprise. Et si la hiérarchie s’avère supérieure au marché
pour atteindre l’optimum c’est que la théorie est (partiellement)
fausse.
Il nous faut revenir aux hypothèses des descendants d’Adam
Smith. Il en est une qui stipule que pour que la “main invisible”
s’exerce, que pour que la concurrence pure et parfaite soit, il faut
que l’information circule librement. Ici librement signifie sans
entrave mais aussi sans coût. Or l’information n’est pas gratuite
contrairement à l’hypothèse de nos économistes historiques. Et c’est là que tout
bascule.
Le coût de transaction : l'oublié de notre réflexion économique
Le
coût de transaction désigne le prix du face à face entre deux agents
économiques, individuels ou collectifs désirant échanger.
Lorsque
la ménagère part faire ses courses, il lui est impossible d’aller
étudier les prix dans les cinq grandes surfaces à sa disposition avant
d’acheter. Or seule cette méthode permet la confrontation des offres et
donc la libre concurrence et donc l’atteinte de l’optimum. Cela lui est
impossible car pour faire cette consultation, il lui faudrait investir
des moyens et du temps, et le temps c’est de l’argent.
Imaginons
que nous soyons une institution. Dans le cadre de nos activités, il
nous faut éditer divers documents. Imaginons que pour ce faire, nous
recourions à l’appel d’offres (avec sélection du moins disant) pour
trouver l’imprimeur le moins cher pour chaque travail. L’obtenons-nous
? Peut-être mais peut-être pas. Car ce que notre comptabilité ne nous
dira jamais, c’est la dépense qu’institution, nous aurons faite pour
expliquer à l’imprimeur nouveau ce que nous voulons. Si nous gardons le
même imprimeur, son habitude de nos travaux, permettra aux responsables
du dossier -pour le compte de l’institution- de passer beaucoup moins
de temps et d’énergie sur ce dossier (donc d’argent). Il faut que le
gain d’un côté soit supérieur à la perte pour rendre un système
supérieur à l’autre. Au bout du compte notre institution s’équipera
peut-être d’une imprimerie en interne ?
Quand
faut-il coordonner la production par la hiérarchie plutôt que par le
marché ? Lorsque le coût de transaction est élevé, la hiérarchie est
préférable car permettant d’atteindre un coût total (coût de production
+ coût de transaction) inférieur.
Quels sont les facteurs qui
influent sur le coût de transaction ? A cet égard deux facteurs
apparaissent fondamentaux : la complexité et l’incertitude des
transactions (si vous n’êtes pas sûr d’être livré à l’heure dite et
qu’il en va de la survie de votre entreprise, mieux vaut produire en
interne l’élément concerné).
Enfin on peut expliquer la performance de certains monopoles
Cette
théorie de coût de transaction permet d’expliquer comment un monopole
peut être -dans certains cas- économiquement plus efficace pour la
collectivité que la concurrence alors que la "théorie" stipule le
contraire. Le monopole évite la multiplication des transactions
génératrices de coût. Le coût total, rappelons-le est la somme du coût
de production et du coût de transaction ; dans un monopole, le coût de
transaction chute, la plupart du temps, tandis que le coût de
production a tendance à s'accroître, relativement.
Cette théorie du coût de transaction permet aussi de ne pas opposer, sur un plan conceptuel, l’économie
soviétique et l’économie occidentale. Le fondement est le même : la
transaction dans un système productif. Dans le premier cas il s’agit
finalement d’une hiérarchie par la voie de la planification alors que
notre monde serait plutôt du côté du marché.
On
a connu un temps des groupes industriels de plus en plus intégrés.
Aujourd’hui, il semble bien que la tendance soit à l’externalisation.
L’élément marquant de notre présent est l’explosion des moyens de
communication bénéficiant de la révolution informatique. Cette
amélioration considérable de l’information minimise vraisemblablement
la complexité et l’incertitude des transactions et donc le coût de
transaction, rendant le recours à l’externalisation plus efficace. On
comprend bien alors que l’information est un élément phare de cette
circulation si nécessaire au développement de notre société
démocratique.
Remarquons que les dictatures -comme l’URSS- ont toujours
agit avec la volonté de contrôler l’information; comme par hasard, leur
développement économique s’en est trouvé passablement ralenti.
En guise de conclusion
Les
théories économiques à notre disposition ne nous ont pas permis
d’éviter la crise. L’Histoire semble nous montrer qu’elles ont eu tort
de rendre premier la production. La circulation est l’autre facteur
indispensable sans lequel on ne peut comprendre pleinement le
développement économique occidental issu de la révolution industrielle.
Aussi la prise en compte simultanée de la production et de la
circulation nous amène à placer en position centrale la question de la
transaction. Cette mise en perspective permet d’ébaucher un modèle
alternatif aux théories classiques et critiques; sa valeur explicative
semble avoir une pertinence supérieure à ces prédécesseurs.
Même
si l’on se doit d’aller jusqu’à la construction d’un corpus théorique
solide, on peut dès aujourd’hui essayer de porter un regard neuf sur
les politiques de notre développement.
1ère remarque : les règles des marchés publics sont une négation de la réalité profonde du marché ; cela entraine des effets pervers.
2ème remarque : cette double approche apporte une réponse en gestion des entreprises à la question du "faire" ou "faire-faire", internaliser ou externaliser.
3ème remarque : cette double approche appelle les Etats à organiser les marchés en gardant en tête l'objectif de baisse des coûts de transaction
4ème remarque : cette double approche nous conduit à accepter la vraie nature de la Bourse : marché autonome de placement et fabrication d'argent.
Cette volonté nouvelle ne
doit pas nous faire escamoter le fait que l’action -à la différence de
la théorie- a souvent été davantage contrainte par un réalisme
implicite qu’une théorie explicite. Ce qui signifie que notre
développement ne s’est pas toujours construit conformément aux
indications de la théorie. Intuitivement, les gens et les entreprises ont intégré peu ou prou le coût de transaction dans leur fonctionnement.
CAJJ
Merci M. Williamsom, nobel d'économie
La suite d'articles (ci-dessus) doit beaucoup à certains auteurs. Nous nous limiterons à deux :
- Michel Henochsberg, La place du marché
- Oliver E. Williamson, Les institutions de l’économie, PRIX NOBEL D'ECONOMIE 2009.
Nous l'avons publiée en 2007. Il s'agissait de 4 articles. Les voilà tous réunis en un seul. C'est un peu long, mais bonne lecture quand même.
CAJJ
mardi 4 août 2009
Parlement européen : Strasbourg à Bruxelles
J'ai toujours trouvé qu'il y avait un paradoxe passionnant pour les Français de réclamer que Strasbourg reste capitale du Parlement européen.
Ce paradoxe est d'autant plus intéressant quand cette demande émane de pro-européens.

Si on est pour l'Europe, on doit être favorable à ce qui lui permet de bien fonctionner. Tout le monde est d'accord pour dire que l'éloignement entre Strasbourg et Bruxelles, l'une siège du Parlement, l'autre siège de la Commission est matériellement coûteux et est source d'inefficacité.
Au moment de la construction européenne cette répartition était logique. Mais aujourd'hui une évolution doit être mise en oeuvre.
Avec ce déménagement, les Français intégreront totalement, enfin, que l'Europe, ce n'est pas un club au service de la France.
Il y a presque trente ans, Margaret Thatcher, Premier ministre britannique, voulait "my money back". Concrètement la somme des contributions anglaises devait être égales aux financements européens en faveur de l'Angleterre. Pour un pays et une majorité peu favorables à l'Europe, c'est une position politique cohérente. Dans la foulée, certains élus français prirent la même position, assez ridiculement mais tristement en phase avec l'électorat.
Non, être Européen, c'est accepter que notre pays finance les autres (à charge de revanche, bien sûr). Être européen, c'est accepter que le Parlement siège à Bruxelles. Être européen, c'est comprendre que si l'Europe est au service de la France, l'idéal de l'Europe, des pays et des peuples européens n'est pas celui de la France, n'est pas celui des Français.
Les tenants de l'Europe fédérale (Bayrou) surfe sur une illusion, celle que l'Europe sera le vassal de la France et que l'intégration totale à l'Europe servirait l'idéal français. A moins qu'on considère que la France ait eu tort de ne pas vouloir s'engager en Irak avec Bush et qu'on considère que si l'Europe fédérale existait, la position de la France aurait été justement bâillonnée. À moins qu'on considère que la diversité des cultures est un héritage hérétique du Moyen Âge et que seule l'européanisation permettra de mettre le peuple de France au diapason dans une culture unique. Et pourquoi pas une restauration de la monarchie et la fin de 1905 pour être au diapason ?
Être pour l'intégration européenne, c'est accepter des compromis, c'est accepter le recul des positions françaises (notre idéal de service public, notre conception de l'intégration, notre sécurité sociale, ...). Être contre l'Europe, c'est vouloir que la France se meure avec ses idées.
Entre les deux, Sarkozy et avant lui Chirac ont tenté de trouver un juste équilibre qui préserve la construction européenne et le respect des identités nationales. Il manque un corpus idéologique à cette volonté pragmatique ; mais je veux croire que l'avenir regardera cette période de tâtonnement comme une période constructive.
Je ne suis pas pour le déménagement de Strasbourg à Bruxelles. Je dis que la cohérence impose que si on est pour l'Europe alors on est pour la fin de Strasbourg, le contraire étant inimaginable.
cajj
NB 5.08 : Manu, dans son commentaire, apporte une analyse et des arguments pertinents pour soutenir Strasbourg. Je vous invite à les lire. A la suite de ces arguments, je souhaite rebâtir ma propre conclusion.
Je ne suis pas pour le déménagement de Strasbourg à Bruxelles. Je suis pour que la majorité européenne puisse trancher la question sans veto de la France et en écoutant les propositions françaises.
mardi 28 juillet 2009
Retraites : pour un nouveau modèle social
Lu dans Le Point n°1918 • Le chiffre de Jacques Marseille
4464 euros. C'est la somme versée tous les ans par un salarié payé au smic pour assurer sa retraite. Elle représente les cotisations patronales et salariales dont il pourrait disposer s'il n'était pas « assujetti » à la Sécurité sociale. Placée tous les ans en obligations d'Etat sécurisées à 3,5 %, cette somme assurerait à ce salarié un capital de 377 000 euros en quarante ans, lui permettant de bénéficier d'une retraite supérieure de 50 % à celle qu'il obtient aujourd'hui. Un argument qui ne plaide pas en faveur de notre modèle social.
Cette réflexion rejoint la nôtre et les propositions que nous avons partagées sur ce blog.
Il ne s'agit pas de prôner une retraite par capitalisation, il s'agit de ne rien s'interdire, il s'agit d'imaginer le progrès social de demain, de décider de nos nouveaux acquis.
cajj
vendredi 13 février 2009
Cardinal
France 2 diffuse Mazarin, cardinal dans les années 1600.
Les mœurs des gens d’Eglise nous étonnent toujours au fil des images d’Histoire.
Un petit rappel néanmoins. Les cardinaux ne sont pas toujours des prêtres ou des évêques. On peut devenir cardinal en étant un serviteur laïc de l’Eglise. On les désigne par l'appellation cardinaux diacres.
Si un diacre célibataire s’engage au célibat, un homme marié peut devenir diacre.
De même qu’un veuf avec enfant peut devenir prêtre.
Et pour terminer, Jean-Paul II a fait préciser qu’il n’était pas besoin d’être cardinal pour devenir Pape !
Voilà c’est dit !
CAJJ
vendredi 30 janvier 2009
Placer son argent en bourse : comprendre pourquoi la bourse monte
Il s'agit de la suite de l'article du 27/01/09 qui complète l'article du 23/09/08 (sur comment placer son argent en bourse).
Quelques conclusions
En conclusion, le niveau des cours tient plus de l'épargne disponible que des résultats des entreprises. Il n'y a pas déconnection avec l'économie réelle ; il s'agit d'une autre réalité ; il s'agit d'une autonomisation de la bourse. La bourse sert surtout à recycler l'argent disponible et un peu à financer les entreprises et l'économie. La bourse monte quand il y a de la liquidité disponible et que les entreprises font des bénéfices. Et en général, plus les entreprises font des bénéfices plus il y a des liquidités et plus les cours montent.
Et inversement et comme vous l'aurez remarqué, nous sommes en crise : moins de bénéfices, moins d'argent à placer, ce qui renforce la chute des cours.
En France, les retraites sont financées par les actifs. Aux USA, les actifs mettent de l'argent (le leur !) de côté pour leur retraite ; cet argent est géré par des fonds de pension ; ce sont des sommes considérables ; les fonds de pension ont intérêt à attirer de nouveaux clients en montrant qu'ils placent leur argent de façon rentable ; donc ils placent en bourse, donc ils font monter les cours, enrichissement les actionnaires et leurs clients, et se développent.
À méditer !
Pendant ce temps, les Français sont dépouillés de la propriété de leurs entreprises car ils n'ont pas organisé leur épargne pour investir à la bourse. Je rappelle qu'une coopérative ne peut pas être victime d'une décision en provenance d'Inde, de Russie, des USA ou encore d'Arabie.
À méditer
En fin de comptes, en fin de conte, tout donne à croire que sur longue période, l'argent disponible ne fera que croître, plus en proportion que "l'économie réelle" ; la conséquence d'un tel phénomène est la montée des cours en bourse sur longue période et l'accélération des ruptures à la hausse et à la baisse.
CAJJ
mardi 27 janvier 2009
Placer son argent en bourse : comprendre pourquoi la bourse monte
Nous avons consacré un article sur comment placer son argent en bourse (voir le 23/09/08). Cet article présuppose que la bourse a vocation à monter. Encore faut-il circonscrire et expliciter le phénomène. Sa compréhension permet tout à la fois de valider ses placements boursiers comme de réfléchir aux bases du capitalisme financier mis en question ces derniers mois.
La révolution en cours tient à l'autonomisation des marchés que beaucoup désignent sous l'expression de déconnection avec l'économie réelle.
La bourse du passé
La bourse est le lieu où le propriétaire d'une entreprise peut vendre en parts (appelées actions) le capital de son entreprise. Cette vente concerne une partie ou la totalité de l'entreprise. Que devient l'argent des actionnaires investis sur ces actions ? On a deux cas de figure. Soit le propriétaire vend son entreprise, prend l'argent et s'en va vivre une retraite dorée ; soit cette vente est structurée sur une augmentation de capital qui a pour but que l'argent nouveau des actionnaires reste dans l'entreprise pour financer et accélérer son développement. C'est bien sûr le cas également des opérations d'augmentation de capital pour une entreprise déjà cotée au marché boursier.
On peut également emprunter de l'argent au marché financier grâce aux titres appelés obligations.
Dans les deux cas, actions ou obligations, on parle de levée de fonds, c'est-à-dire de capacité à attirer l'argent disponible sur ses opérations donc pour son entreprise.
Comment est rémunéré l'actionnaire ? Un peu comme un propriétaire de logement, il reçoit un loyer. Mais celui-ci est variable et dépend des résultats financiers de l'entreprise. On appelle ce loyer "dividendes".
Si cette description de la bourse est fondamentalement exacte, sa réalité est néanmoins autre aujourd'hui.
La bourse du présent
Que fait un agent économique qui a de l'épargne ? Il place son argent. Il place son argent en bourse. Et qu'espère-t-il ? Non pas des dividendes mais des plus-values, c'est-à-dire que le montant de la vente de ses placements soit supérieur à ce qu'il a investi précédemment. À la base, le cours d'une action est en rapport avec les dividendes escomptés ; c'est encore vrai. Mais le cours des actions repose sur un autre mécanisme.
Rappelons que hors de l'introduction en bourse et l'augmentation de capital, les entreprises ne sont pas concernées par l'argent mis sur les actions portant leur nom.
Quand il y a beaucoup d'épargne, beaucoup d'argent afflue à la bourse. Il y a plus d'achat que de vente. Les cours montent. Et quand les cours montent, les épargnants (=entreprises ayant de la trésorerie, fonds de pension, ...) placent à la bourse, ce qui conforte la montée des cours .
Suite et conclusions vendredi
CAJJ
vendredi 23 janvier 2009
Plan de relance : comment dynamise-t-on la croissance ?
On a vu dans l'article précédent que la création monétaire jouait un rôle primordial dans la croissance. Approfondissons notre observation sur ce qui stimule la croissance.
Rappelons que la croissance en tant que phénomène de longue période est récente dans l'histoire de l'humanité. Elle prend son origine dans la révolution industrielle et n'a jamais été démentie depuis mais connaît des à-coups, des crises (légères ou fortes) momentanées.
La croissance c'est l'augmentation en valeur (en euros) hors inflation de la production vendue de biens et de services.
Soit les producteurs vendent plus, soit les acheteurs achètent plus. Ce sont les deux modalités de description du phénomène.
Aussi, pour relancer la croissance, il faut soit favoriser le développement de la production, soit le développement de l'achat, soit les deux. On appelle cela, pour le premier le développement de l'offre, pour le second, le développement de la demande.
La politique de développement de l'offre consiste à baisser les coûts des producteurs (charges sociales, impôts, aides...) pour les aider à augmenter leur offre. L'offre étant augmentée (la baisse des coûts permet de produire plus avec les mêmes ressources), les consommateurs achètent plus ; le producteur gagne plus d'argent, paie plus d'impôts, de salaires, de dividendes et d'intérêts. Anticipant l'augmentation d'achat, le producteur produit plus, puis vend plus, ...
La politique de développement de la demande consiste à augmenter le pouvoir d'achat des consommateurs pour qu'ils consomment plus et qu'ainsi le producteur suive en augmentant sa production.
Le financement de l'économie, les banques, les taux d'intérêt sont une source stratégique de baisse des coûts pour les entreprises et d'augmentation du pouvoir d'achat pour les consommateurs.
Si l'augmentation de l'offre n'est pas suivie par l'augmentation de la demande, on a une déflation et pourquoi pas une récession.
Si l'augmentation de la demande n'est pas suivie par l'augmentation de l'offre, on a une inflation et pourquoi pas une récession.
Bien sûr pour augmenter l'offre et la production sur le long terme, il faut des innovations technologiques et un personnel apte à la mettre en oeuvre (formation, augmentation du niveau de compétences).
Reste à juger du plan de relance !
CAJJ