L'accélérateur RPS

Deux tendances de l'univers des entreprises, le collaboratif et le libéré, fondent-ils un autre monde, celui qui inclut la société et la nation toutes entières ?

Il faut mobiliser un troisième fait pour provoquer un effet généralisateur. Ce fait est législatif et relatif au code du travail : l'obligation d'évaluation des RPS. Désormais, toute entreprise ou organisation publique doit inclure dans son DUER, son document unique d'évaluation des risques, la prévention des risques psychosociaux : burn-out, idée mortifère, absentéisme pour dépression, harcèlement, stress, conduites addictives, souffrance au travail…

Une contrainte de plus pourrait-on dire !! Sauf que derrière le négatif des RPS, il y a le positif d'un nouveau paradigme. Le bonheur au travail fait l'efficacité du salarié. Ce paradigme s'oppose en profondeur et non superficiellement à celui qui nous a dominés depuis des décennies, à savoir "l'efficacité du salarié rend son travail heureux" ou encore "le bonheur ne regarde pas l'entreprise".

Il est question de QVT, qualité de vie au travail. Cette QVT n'est pas un parasitage de la production mais le levier d'une nouvelle façon de travailler à l'efficience augmentée. Elle nous entraîne vers la notion de bien-être au travail, troisième marche du triptypque : RPS, QVT, bien-être.

Ce qu'induit l'obligation du diagnostic RPS, c'est la nécessité de passer à un autre management, tout de suite, pour tous, sauf à rester dans une réponse formelle aux obligations réglementaires.

 

Pour comprendre que cela provoque le basculement dans un autre monde, il faut intégrer que cette triple révolution du libéré, du collaboratif et de la qualité de vie au travail ne peut s'opérer que dans une mutation profonde des valeurs avec la prédominance de la bienveillance, la confiance, la reconnaissance ou l'esprit collaboratif que nous avons déjà évoquées. Elles sont assez éloignées des valeurs traditionnelles qui fondent nos pratiques éducatives françaises.

Or, cette généralisation accélérée de la mutation des valeurs dans l'entreprise ne peut pas ne pas se diffuser par capillarité à l'ensemble de la société. Bien sûr c'est un mouvement en déploiement qui touche d'abord les bénéficiaires heureux de la mondialisation.

 

Et là une nouvelle ère advient. Elle n'est pas un monde parfait. Elle n'est pas un retour à un monde de croissance et de plein emploi (on doit néanmoins espérer qu'elle offre quelques perspectives positives sur ces dimensions). Elle est une autre façon d'être ensemble.

Pour peindre un tableau complet du monde nouveau, nous devons relever les concepts ou plutôt les réalités qui nous inondent depuis moins de dix ans : économie partagée, organisation agile, développement durable, démocratie et management participatifs, fonctionnement en réseau, innovation disruptive, autonomie augmentée, robotisation complexe accélérée, intelligence collective, intelligence émotionnelle, communication relationnelle, leadership renouvelé, approche holistique, outils connectés etc. Avouons que cela fait désormais beaucoup pour un monde qui serait toujours le même. Le monde "civil" est lui aussi en questionnement et commence à trouver de nouvelles réponses : développement personnel plutôt que carrière, bio plutôt qu'industriel, nouvelle spiritualité contre consumérisme endiablé, être plutôt qu'avoir, vegan plutôt que carne, etc.

Une victoire de Paris pour les jeux olympiques de 2024 serait une preuve, un symbole, je le crois, que le génie français, présent dans les candidatures précédentes, est en train d'intégrer les codes de la mondialisation victorieuse.

 

CAJJ