Le côté obscur de la Force, les Sith et Anakin-Darth Vader

En fait, nous touchons ici au côté obscurci du film, et plus précisément de la prélogie (épisodes I à III).

« Toujours par deux ils vont, ni plus, ni moins : le maître et son apprenti » nous dit Yoda. Pourquoi ? Parce que l’apprenti ne devient maître, seigneur noir des Sith, que lorsqu’il a dépassé le Maître, notamment en réussissant à le tuer. Les Sith pensent que cela favorise le progrès. A vrai dire, je ne sais pas s’il y a ici une référence ésotérique ou si c’est seulement une trouvaille de Lucas. Est-ce un dualisme non résolu ? Doit-on y voir un antagonisme à la gémellité de Leia et Luke ?

Définir le côté obscur de la Force est encore plus dur que définir la Force. Lucas patauge et nous fait patauger dans sa simplification. Elément métaphysique dans les épisodes IV-VI, elle devient élément physico-biologique dans les épisodes I-III avec les midi-chloriens. Le charme est rompu et le côté obscur obscurci.

La progression d’Anakin vers le côté obscur telle qu’elle nous est racontée n’est pas cohérente, ce qui rend sa compréhension difficile. Pourtant, si l’on retire les contradictions filmiques, on peut voir apparaître une lecture intéressante. C’est pour sauver sa mère qu’il passe du côté obscur. C’est donc pour faire le bien qu’il passe du côté obscur.
« Méfie-toi du côté obscur : la colère, la peur, l'agression forment le côté obscur de la force » dit Yoda. C’est l’amour absolu sans détachement qui engendre cette colère. Slavoj Zizek nous propose alors un parallèle édifiant (macrocosme et microcosme toujours ensemble au delà de la concomitance !). La République sombre dans l’Empire en votant les pleins pouvoirs pour défendre la pureté idéale première (je nous renvoie aux débats franco-français sur la lutte contre le terrorisme et l’état d’exception en ce début d’année 2016) et pour se sortir de la corruption, de l’indécision et de sa servitude aux intérêts particuliers en tout genre. Anakin sombre en Dark Vador pour permettre la victoire de son idéalisme jusqu’au boutiste : voir le Mal partout et le combattre sans relâche sacrifiant tout pour sauvegarder les êtres qui lui sont chers.

anakin


Dans cette recherche de toute puissance, il y a la volonté de vaincre la mort et en particulier celle de ceux que l'on aime; en parallèle, le chancelier Palpatine accuse les Jedis de corruption, d'inefficacité et d’être la cause de malheurs notamment ceux d'Anakin.
Le basculement d'Anakin est celui du fanatisme moralisateur, celui de Robespierre et de tant d’autres. Il n'est pas le basculement d’un Musolini lequel par contre s'apparenterait au parcours de Palpatine.
Une des originalités de la Guerre des Etoiles qui en explique le succès c'est de proposer une lecture non manichéenne du bien et du mal. Anakin n'incarne pas le mal. Il est le bien puis le mal alternativement y compris dans l'armure de Darth Vader. Lucas connecte ce basculement à l’amour et fait d’Anakin un guerrier irrésolu et non un guerrier résolu du bien ; c’est un peu dur à avaler même si la notion d’ambivalence est là. De son côté, l’Occident a compris le rôle positif de l’agressivité, de la colère et de la passion (« Rien de grand ne se fait sans passion ») ; le syncrétisme oriental non manichéen de Lucas a du mal avec la subtilité.
En contrepoint, Palpatine a choisi le mal comme projet ; il se distingue en cela d’Anakin qui veut servir le bien sans restriction ; il n’est alors pas cohérent de construire un partenariat aussi antagoniste. On retrouve Faust et son pacte avec le diable. Mais ce pacte n’empêche pas Faust d’être lucide au contraire d’Anakin qui lui est manipulé par les autres et lui-même. Dommage. Tout ceci témoigne des impasses de la prélogie où l’image domine l’histoire et les personnages. Il fallait rester dans le mythique !

Finalement, nous retiendrons que l’élu Anakin est bien celui qui mettra fin à l’Empereur. De façon paradoxale, la prophétie énoncée dans la prélogie s’avère exacte.

cajj

SUITE MARDI ET FIN : Réveil de la force ou celui du côté obscur