NB : cette suite d'articles doit beaucoup à certains auteurs. Nous nous limiterons à deux :
- Michel Henochsberg, Nous nous sentions comme une sale espèce
- Oliver E. Williamson, Les institutions de l’économie


        En économie, deux grandes familles de théories ont dominé les 150 ans qui nous précèdent. Il s'agit des théories néo-classiques et des théories marxistes.  Dès l’origine les théories marxistes se sont inscrites dans la filiation des théories (néo-)classiques ; si elles sont critiques, elles n’en deumeurent pas moins classiques. En effet toutes les théories en notre possession ont un fondement commun : la production.    
        Ce fondement a comme défaut de fondre en un, deux notions distinctes: puissance et richesse, autrement dit production et circulation.

        Dans un premier temps, nous observerons comment notre vision (celle communément admise) de la révolution industrielle -vision explicatrice de la construction des théories économiques- est historiquement infondée.
        En second lieu, nous regarderons comment la théorie dite des coûts de transactions, à défaut d’être parfaite, a une puissance explicative complémentaire à celles plus usitées, dans la compréhension des dynamiques de notre monde.   

        Commençons donc par s’interroger sur la nature même de cette révolution industrielle qui façonne notre société moderne.

        La révolution industrielle est définie comme une révolution technique, productiviste. Le progrès technique aurait permis d’améliorer les rendements de l’agriculture (produire plus avec moins de travailleurs); on aurait pu ainsi libérer de la main d’œuvre; celle-ci serait venue remplir les usines en même temps que les techniques et la productivité, progressaient. Plus tard, pour une production croissante, les robots auraient permis de supprimer des emplois dans l’industrie rendant disponible de la main d’œuvre pour le développement des services.

Cette explication classique qui repose sur l’argument technologique, n’est en réalité pas satisfaisante; elle laisse en suspens une question fondamentale. Comment se fait-il que le monde arabe et le monde chinois qui possédaient une avance technique considérable sur l’Europe ne se soient pas développés ?
        Une étude approfondie tend à montrer qu’avant de pouvoir se développer, il faut le vouloir. Si l’on observe les principautés au premier millénaire, on remarque que les terres agricoles étaient délimitées de façon précise. Il ne s’agissait pas, à l’époque, de défricher une parcelle de plus pour produire davantage. La culture était organisée par le rituel. La production était un rite.
        C’est vers l’an Mil que tout a basculé. Avec la chute de l’Empire de Charlemagne est apparue la nécessité vitale pour le pouvoir en place d’accroître la production. Petit à petit l’échange rituel est devenu un échange économique organisé à l’intérieur d’un marché créé, voulu et contrôlé par l’Etat. On est passé de l’échange d’objets à valeur symbolique à l’échange de marchandises à valeur marchande .
        La révolution industrielle est donc la conséquence de la révolution idéologique qui a promu le travail et la production au rang de valeur, mais ceci ne suffit pas à expliquer pourquoi le démarrage a eu lieu en Angleterre et non dans un autre pays.

CAJJ